Les fermes industrielles
Introduction
La cruauté institutionnalisée
Tout enfant,
on nous présente des images idylliques de la ferme, où les petits veaux
se blotissent contre leur mère dans des prairies grasses et ombragées,
où les cochons s’ébattent joyeusement dans des mares de boue et où les
poules s’affairent autour des étables. Les animaux de la ferme de nos
rêves mènent une vie paisible. Mais la triste réalité des fermes
industrielles canadiennes modernes contraste durement avec ces idéaux.
La vérité, c’est que les Canadiens ont été bernés en acceptant des
normes de soins des animaux qui sont une véritable insulte aux yeux de
n’importe quelle personne sensée et sensible.
De nos jours, la grande majorité des animaux élevés pour l’alimentation passent leur vie entière à l’intérieur, dans des établissements où ils sont étroitement confinés. Ces établissements sont les fermes industrielles, et les animaux qu’elles abritent sont traitées exactement comme des pièces mécaniques sur une chaîne de montage. Seuls importent la production de masse et les profits, et les objectifs sont atteints aux dépens des besoins les plus élémentaires des animaux. Chaque année, au Canada, 650 millions d’animaux stressés et traumatisés vivent dans des endroits extrêmement exigus avant d’aboutir dans des assiettes. Pour ces animaux, seule la misère est leur lot et seule la mort est leur délivrance.
Les porcs
Actuellement, il y a environ 18 millions de porcs élevés dans des fermes industrielles au Canada, et ce nombre s’élèvera encore au cours des prochaines années pour répondre à la demande d’augmentation des exportations de viande de porc. Chacun de ces 18 millions d’animaux souffre le martyre tout au long de sa vie.
La vie des truies est entièrement vouée à la fécondation et aux accouchements. Au cours de leur vie, elles connaissent entre huit et dix grossesses, qu’elles vivront dans des stalles de gestation, ou cageots de mise bas, cages qui sont à peine plus grandes que leur corps. Sans litière pour amoindrir le contact du sol, ces femelles doivent vivre toute leur grossesse et leur mise bas sur un plancher de béton sale.
Les porcelets sont allaités par leur mère pendant deux semaines avant d’être transférés dans une caisse d’engraissement. Là, on les castre, on leur coupe la queue, on leur lime les dents et on leur entaille les oreilles, tout cela sans anesthésie. Les caisses sont placées au-dessus de fosses à purin, contraignant les porcs à vivre constamment dans les mauvaises odeurs et infestés de mouches. Les porcelets sont ainsi confinés pendant environ 24 semaines, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur poids marchand. Le seul moment où les porcs peuvent respirer une bouffée d’air frais ou voir la lumière du jour, c’est au moment de leur transport vers l’abattoir.
Les bovins
Au Canada, l’Alberta et l’Ontario sont les deux principaux producteurs de bœufs, et le Québec, le principal producteur de lait et de veaux. Tout au long de leur vie, les vaches laitières sont contraintes à un cycle sans fin de grossesses et de mises bas afin d’assurer un approvisionnement régulier en lait. Dans certaines fermes, les vaches laitières sont enchaînées par le cou dans une étable pour toute la durée de leur vie. Lorsque la vache laitière ne produit plus de lait au bout de quatre ou cinq ans, elle est envoyée à l’abattoir où sa carcasse sera transformée en hamburger.
Les veaux sont séparés de leur mère à l’âge de un jour ou deux pour être envoyés dans des parcs d’engraissement dénudés, qui n’offrent aucune protection contre les éléments. Ils sont alors castrés et décornés sans anesthésie, et vivent dans leurs déjections jusqu’à ce qu’ils atteignent leur poids marchand. Les veaux de boucherie connaissent un sort encore pire. Ils sont confinés de façon permanente dans des stalles où ils ne peuvent bouger ou se tourner. À cause de l’exiguïté de l’espace et de la carence en fer de leur régime alimentaire, ils souffrent d’ulcères et de diarrhée chroniques ainsi que de blessures aux pattes. Ils sont abattus entre un et trois mois.
Les poulets
Au Canada, on compte plus de 26 millions de poules pondeuses et plus de 84 millions de poulets à rôtir dans les fermes industrielles. Tous sont débecqués sans anesthésie et vivent dans des conditions déplorables. Le seul moment où ils voient la lumière du jour est pendant leur transport vers l’abattoir.
Les poules pondeuses passent leur vie dans des cages minuscules de 40 cm sur 45 cm. Ces cages contiennent cinq ou six poules, dont l’envergure des ailes mesure environ 80 cm. Le manque d’espace empêche les poules de répondre à leurs instincts les plus élémentaires, comme de bouger et de s’étirer les ailes. Près de 20 % des poules élevées dans ces conditions meurent de stress et de maladie. Les poules ont une durée normale de vie de 20 ans. Dans les fermes industrielles, elles sont tuées à un an.
Les poulets à rôtir passent leur vie entière dans des remises sombres et sont nourries par des systèmes automatisés. Lorsqu’ils atteignent leur plein développement, ils n’ont plus assez de place pour bouger. Ce manque d’espace est la cause de fréquents cas d’hystérie, entraînant alors la panique et la suffocation. Les hauts niveaux d’ammoniaque causés par les déjections dans ces remises provoquent de sérieux problèmes respiratoires chez la plupart des oiseaux. Le stress résultant de la surpopulation est la cause de fréquents cas d’automutilation et de cannibalisme.